| Ecrit par Mésange Bleue,
le 09-07-2009 18:32
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A Théo, singe parmi les hommes,
qui chaque soir souffle sur le nuage du Marchand de sable...
Lorsque tombait le soir,
Après une journée au pays de ses rêves,
Il avait toujours du sable dans les yeux ;
Cela le picotait à qui mieux mieux.
Alors il embarquait sur la sacolève
Qui glissait, majestueuse, dans la nuit noire.
L'ancre levée,
Le navire voguait sur des eaux parfois tumultueuses,
Balloté entre de doux songes et quelques affreux cauchemars.
Le petit garçon, fier comme un Viking sur son drakkar,
Pourfendait, quand il s'en présentait, dragons et sorcières aguicheuses
Qui, trop tôt, l'exhortaient à la maturité.
Durant des années, il fut le plus fort.
Et puis un matin brumeux, après un corps-à-corps
Avec un furieux centaure,
Il fut projeté par-dessus bord,
Sans même avoir le temps de dire son confiteor.
La vigie du trois-mâts ne le vit point sombrer.
Seul sur un îlot il accosta,
Une boussole cassée en poche...
Ce fut là qu'il rencontra les bamboches,
Pantins bêlant auxquels il ne s'identifia pas.
De la vie des adultes il venait de découvrir la triste réalité...
Pour ne pas se perdre, garder son esprit alerte,
Il devint grand baroudeur,
Tour à tour guerrier et amant vorace.
De faits sanglants en histoires salaces,
Il se détourna des moutons moralisateurs,
Oubliant ses vêtements de complaisance sur une desserte.
Rageusement il donna la vie à une princesse brune.
Pour elle, il retrouva le sourire,
Gambada comme un jeune cabri,
Accumulant les pitreries.
Pour elle enfin il eut la force de fuir,
Ayant construit un radeau de fortune.
Dans un baluchon il emporta
Des poignées de sable, doux et fin.
Il lui rappelait ses plongées, jadis,
Au pays des délices...
Il quitta alors les hommes, sans chagrin,
Et rama, rama, rama...
Tandis que la nuit accrochait à son manteau d'ébène
Des myriades d'étoiles scintillantes,
Il pénétra dans le sillon que laissait derrière elle
La nef de son enfance, et en aborda la passerelle
Au prix d'une volonté démente.
Aujourd'hui encore il est le capitaine...
Lorsque tombe le soir,
Après une journée au pays de leurs rêves,
Les bambins ont toujours du sable dans les yeux ;
Cela les picote à qui mieux mieux.
C'est lui qui, du pont de la sacolève,
Disperse aux quatre vents des grains dans la nuit noire...
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