| Ecrit par Mésange Bleue,
le 10-03-2009 00:00
|
Pour maman et papa.
Pour Polnacat et Dominique.
Et pour celles et ceux qui cherchent une porte...
Elle s'endormit cette nuit-là, comme toutes les précédentes, à point d'heure.
Sa journée n'avait été qu'abrutissement par le labeur.
Ne pas penser, ne pas prêter l'oreille à sa souffrance, malmener sa langueur...
Aller de l'avant, comme si de rien n'était, comme s'il allait rentrer tout à l'heure.
Allongée sous la couette qui lui communiquait un semblant de tiédeur,
Abattue, elle percevait, sans les écouter vraiment, du ciel les pleurs
Qui tambourinaient sur la vitre depuis des heures.
Aux siens ils faisaient écho, dégoulinants de douleur.
Ces deux-là s'entendaient à merveille pour s'apitoyer en chœur.
Etait-ce il y a cinq ans, huit mois, trois jours ou juste une heure ?
Sa montre s'était arrêtée avec le malheur,
De battre avait aussi cessé son cœur...
Depuis elle errait comme une âme en peine, sans ardeur,
Silhouette exsangue emplie de noirceur.
Chaque nuit elle sombrait dans le mitan du lit, exténuée, sans heurt.
Le sommeil, bien que leurre,
Etait le seul endroit où elle pouvait encore le serrer contre son cœur...
Ce soir comme à l'accoutumée, la boule était là, cocktail annihilant de peine et de terreur,
Poignard en plein cœur.
Petit à petit, pourtant, elle se noya, gagnée par la torpeur...
Il n'est pas là : a-t-elle manqué du rendez-vous l'heure ?
Elle a pourtant l'habitude de le retrouver ici, dans ses songes libérateurs.
Son échappatoire, la seule petite douceur
Accordée à cette succession d'éternités désormais sans saveur...
Il n'a pu venir : est-ce un oubli, une erreur ?
Comment parvenir à coup sûr jusqu'à lui lorsque le réclame son humeur ?
De rage ruissellent ses pleurs.
Elle se met à errer à tâtons, seule, bouleversée, ne discernant aucune lueur.
Elle s'aperçoit alors que de ses cauchemars elle visite en ce moment les sombres profondeurs
Et prend peur :
L'obscurité lui a toujours causé grande frayeur,
Elle sait que s'y cachent monstres et autres gluantes horreurs...
Près d'elle, sa main un mur poisseux effleure.
Alentour se font entendre des gémissements à vous fendre le cœur...
Malgré cela, elle prend le parti d'avancer, sans se retourner, avec lenteur.
Le sol semble jonché d'immondices, il s'en élève une sordide puanteur.
Ses chaussures en sont vite maculées, mais elle n'en voit pas l'aspect, par bonheur.
Sa main la guide dans un dédale où son espoir peu à peu se meurt...
Elle lutte, contre ses terreurs,
Pendant ce qui lui semble être des heures.
La maladie, le tourment, la mort l'attendent dans chaque recoin, racoleurs :
Dans leurs filets ils veulent l'emmailloter pour la confier au Grand Fossoyeur.
Pour l'heure elle distingue une subtile pâleur.
Ragaillardie, elle esquive les bras de l'odieux Baratineur,
Sentant déjà sur son visage un petit souffle de fraîcheur.
Chaque pas la rapproche de la lueur.
Elle émane d'une porte, ouverte sur l'extérieur.
Un peu sur la défensive, elle y jette un œil inquisiteur.
Là, tout est splendeur :
Dans ce jardin, cet Eden, cet Ailleurs,
Le soleil diffuse sa chaleur
Et fait exhaler des fleurs
Les plus douces senteurs.
Il est là ! Irradiant de douceur,
Il lui tend les bras et la presse tendrement sur son cœur...
Le réveil sonne : sept heures.
Elle entrouvre les yeux, au fond d'elle ressent une bouffée de bonheur.
Son regard se pose alors sur ses chaussures, dont les souillures l'écœurent...
A présent, elle le sait dans son cœur :
Il l'attend quelque part, là-bas, dans ce monde meilleur...
La route sera longue, parsemée de regrets, chagrins et douleurs,
Mais elle pourra dans ses rêves continuer de profiter d'ersatz de bonheur
Et, lorsque viendra son heure,
Elle le rejoindra, elle connaît maintenant le chemin par cœur...
|