| Ecrit par Mésange Bleue,
le 04-03-2009 00:00
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Elle vivait dans ce penty austère,
Naguère,
Sur la berge la moins escarpée de la rivière.
Elle grandissait, parmi les cerfs et les piverts,
Sous l'œil aimant et bienveillant de sa mère.
Depuis longtemps s'était enfui celui qu'elles nommaient "le père".
De passants elles ne voyaient guère :
Des ragots de commères,
Une vague histoire de sorcières...
Elles ne ménageaient jamais leur peine, de l'aube à l'heure où les étoiles s'éclairent,
Menant guerre contre la misère,
Contre la faim qui vous tord les viscères.
De leurs mains nues, elles travaillaient un ridicule lopin de terre,
Qui avait autrefois appartenu à l'arrière-grand-père.
Sans cesse à la surface y remontaient de grosses pierres.
Elles se nourrissaient des quelques légumes miraculeusement sortis de terre,
De baies, racines, champignons, tout ce qui dans la nature s'ingère
Et n'a aucun propriétaire.
De chapardages elles ne se rendaient jamais coupables, trop fières,
Et c'est le rouge aux joues qu'elles acceptaient de la généreuse bouchère,
De temps en temps, un os à moëlle pour améliorer l'ordinaire.
Certes, leur vie n'était point prospère...
Chez elles ne se trouvait que le strict nécessaire,
Mais jamais elles ne se plaignaient, baignant dans leur amour fille-mère.
Chaque matin elles ouvraient la fenêtre au soleil clair,
Ecoutaient en souriant le zinzinulement des mésanges charbonnières,
Et déjeunaient d'un café très clair.
Ensuite à leurs tâches elles vaquaient, sifflotant quelques airs,
Sans voir les engelures de leurs mains rougies par l'eau de la rivière,
Tout au bonheur de vivre ensemble, dans cette petite clairière.
Chaque soir, la mère berçait sa fille d'innombrables exploits en mer,
De trésors légendaires sous les eaux enfouis, pour elle enfin découverts,
Et du retour imminent du courageux père.
Elles n'étaient pourtant pas dupes, ni la fille, ni la mère,
Mais se contaient ces chimères
Hiver après hiver.
Longtemps ainsi elles luttèrent.
Bravant les racontars, les histoires d'adultère,
Toujours la tête haute elles gardèrent.
Le soir venu, dans leur chambre sous les faîtières,
Du même lit montaient leurs prières
D'un avenir plein de lumière...
Il finit par revenir, le père...
Douze ans auparavant, s'étant entiché des ors d'une douairière,
Il avait abandonné, par un matin pluvieux, bébé nouveau-né, femme et chaumière.
Paresseux du matin au soir, été comme hiver,
Il n'avait laissé derrière lui, en disparaissant, qu'un souvenir amer,
Dérobant au passage les menues piécettes gagnées à s'échiner par la mère.
Or ce jour-là donc, il fit marche arrière,
Non point par amour, par regret ou par conscience des manquements à son rôle de père,
Mais parce qu'évincé du faramineux partage il avait été par les deux seules héritières.
Il traversa le village et pénétra sous le couvert des arbres, sous l'œil avide des commères.
Il toqua à la porte dégondée et se glissa sous le chambranle mangé par les vers,
Aussitôt pris à la gorge par un remugle digne de l'Enfer.
Tout était sens dessus dessous, brisé, à terre.
Partout rampait le lierre :
Avec les toiles d'araignées il vivait en maître dans ce repère.
Le père escalada prudemment l'escalier vermoulu, de mousse recouvert.
La toiture était éventrée, le soleil y dardait sa lumière..
L'Amour dans le lit était couché, à la voûte céleste offert...
Sous les traits squelettiques d'une fillette et de sa mère,
Toutes deux tendrement enlacées,
Il semblait lorgner la réaction du père.
Horrifié par cette vision
Celui-ci dégringola les marches et tomba, tête la première...
Des ragots fusèrent encore quelques temps, de la bouche des commères...
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