| Ecrit par Mésange Bleue,
le 17-03-2010 16:00
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Autre temps, même lieu :
La clinique, toutes les deux.
Une chambre nous attend,
Attenante à notre nid précédent.
Autrefois, cette pièce était sombre,
L'on n'y voyait se mouvoir aucune ombre.
L'on eut dit l'Enfer
Tant il y faisait noir, chaud, sans le moindre souffle d'air.
Là, vivait une pleureuse
Et sa fille à la bouille si joyeuse.
La maman ne semblait découvrir qu'à l'instant
Les conséquences de l'opération sur l'alimentation de son enfant.
Elle pleurait, à en rendre l'âme,
De ne pouvoir plus allaiter. Tout un drame !
Bien que l'intervention soit programmée depuis la naissance,
Elle n'avait même jamais tenté de la petite cuiller l'expérience !
Sa voisine ne pensait, elle,
Qu'à la détresse de son petit bout d'aile.
Tout juste revenue du bloc opératoire,
La princesse sanglotait, le regard empli de désespoir.
Cette maman-là, désemparée, inquiète, n'avait que faire
De s'apitoyer sur l'autre mère !
Son bébé depuis des jours elle préparait,
Choisissant les mots, ne lui faisant de secrets.
Elle songeait désormais avant tout
A soulager, encourager, réconforter, apaiser sa petite Câlinou...
L'on vint pourtant lui demander
Si elle acceptait de rencontrer la désespérée.
Elle le fit, malgré tout, de bonne grâce,
Espérant que la femme enfin uniquement pour son poupon se tracasse.
Elle lui parla de l'équipe que forment maman et enfant,
Du besoin pour le petit de se sentir aimé, entouré, confiant.
Elle lui vanta au besoin le tire-lait
Qu'elle-même depuis six mois, plusieurs fois par jour, utilisait.
Oh, cela n'avait rien de très glamour, ni même de très plaisant,
Mais puisque cela permettait de nourrir la Poucinette sainement...
Elle lui avait conseillé de dédramatiser cet alimentaire aspect,
De penser au confort de sa choupinette qui dépérir sans manger ne se laisserait...
Elle était allée jusque son tire-lait nettoyer, stériliser,
Pour, à la pleureuse, le prêter.
Grands dieux, non, la torture était infernale !
Et cela prenait trop de temps, à quoi bon se donner tout ce mal ?
La maman, soucieuse pour sa propre fillette adorée,
Avait rendu les armes, agacée de tant de mauvaise volonté.
Revenue auprès de sa bien-aimée douloureuse,
Elle en avait pleuré, rageuse.
Plus tard, la "mauviette" avait reparu
Le visage d'un immense sourire fendu :
La fente de son enfant était si légère,
Le chirurgien autorisait que l'allaitement se poursuive, n'était-ce pas extraordinaire ?
Sans doute oui, félicitations...
Vous n'avez eu à supporter les pleurs grognons
Du nourrisson à qui tant manque la tétée,
Fut-ce d'un biberon puisque sa maman ne peut directement l'allaiter.
Vous n'avez eu à gérer les étouffements
Dus aux boissons avalées à la cuiller, si péniblement.
Vous n'avez eu à vous tourner les sangs,
Craignant une perte de poids pour votre enfant.
Vous n'avez eu à ruser, tout un mois qui sembla s'éterniser,
Pour qu'à chaque repas s'enchaînent les bouchées.
Vous avez pourtant continué
De vous lamenter...
Tandis que je souriais
De tout signe concret
Du rétablissement de ma poupée,
Que vous plus exténuée
Ne vous déplaise,
Vous accapariez les soignants, pour votre aise...
Cette chambre, autrefois si noire, si chaude, tel l'Enfer,
Est pour ce séjour notre tanière.
Fenêtre ouverte sur le bleu du ciel,
Souffle d'air qui fait onduler de ma chérie la chevelure miel,
Murs blancs éclatants
Reflétant les sourires à mon enfant.
Vous eussiez pu la voir ainsi
Pour mieux guider votre fée dans cette épreuve de sa vie...
Puisse-t-elle avoir conservé le magnifique sourire que je lui vis,
Et vous, à relativiser avoir appris...
Que votre vie à toutes deux soit jolie !
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