Tous pour une !

Ecrit par Mésange Bleue, le 07-12-2009 17:56

Merci à Titi, le canari belge, du fond du cœur. Ton geste et notre petit secret me touchent au-delà des mots.

Merci aux deux marathoniens, Dominique et Théo, qui m'ont porté les messages à la vitesse d'un cheval au galop.

Merci aux fouleurs de sable qui ont participé à cette jolie aventure.




Avant-hier.


C'était leur anniversaire :
Il soufflait ses treize bougies,
Son gâteau à elle en comptait deux de plus.
Leurs souffles ils avaient entrecroisés au-dessus de la table,
Ne songeant même pas à faire un vœu :
Qu'auraient-ils pu espérer qu'ils n'avaient déjà ?

Sa mémoire n'avait gardé aucune trace du cadeau qui lui avait été offert.

Lui avait eu des livres d'art,
Dédicacés par les parents pour leur jeune artiste.
L'un de ces ouvrages allait l'envoûter :
Elle venait de rencontrer Magritte.

Son univers surréaliste l'avait tout de suite ravie :
Elle riait de ses absurdités,
S'amusait de ses étranges compositions,
S'interrogeait sur le sens de ses corps de femmes.

Par la suite, toujours aux autres elle l'avait préféré.

Passés l'insouciance et les rires de l'enfance,
Etait tombée la pluie.
L'orage avait maintes fois grondé,
Foudroyant brutalement deux arbres chéris, deux des piliers de sa vie.

Magritte elle avait alors redécouvert,
Le fameux livre lui ayant échu
Lorsque son cadet, qu'elle croyait être un chêne, avait été terrassé.

En quelques toiles elle s'était retrouvée.
Les oiseaux aux ailes nuageuses étaient le frère et le fils envolés ;
Le visage indécent de féminité devait être le portrait qu'à un mufle elle avait montré ;
Les femmes aux faces dissimulées auraient pu,
Auraient dû être elle :
Elle eût tant aimé ne plus avoir de traits,
Qu'on l'oubliât en un coin,
Qu'elle n'ait plus à faire d'efforts,
Juste attendre que le temps l'ait rendue si pâle
Qu'on ne la vît plus,
Que l'on vive sans elle,
Qu'elle puisse à son tour s'élancer sans rappel de sa branche,
Et mourir.

Mais la vie, comme les toiles du Maître,
Recelait des pans de bleu pur.
Alors, pas à pas,
Elle avait évolué sur le fil ténu,
Sans regarder vers le sol,
S'accrochant, effrayée, aux mains qui vers elle se voulaient bien tendre.

Une broche à l'oiseau elle avait portée,
Sur son cœur.

Et la tête vers les cieux elle avait tournée,
Y guettant de menus signes que vous jugeriez probablement puérils :
Des bleus si profonds que d'amour elle se sentait imprégnée, gorgée, vibrante ;
Des arcs-en-ciel par-dessus lesquels elle devinait ses anges jouer à saute-mouton ;
Des formes, séraphiques et apaisantes...

Un beau jour,
Dans une petite boutique à la sortie d'un musée,
Un parapluie lui avait fait de l'œil.
Magritte !
Elle y avait vu un signe du frérot.
Ne pouvant se permettre une telle dépense pour une "futilité",
Elle avait conservé l'impression de joie ressentie dans un coin de sa tête.

Plus tard, elle l'avait retrouvé,
Ce parapluie,
Sur un site internet.
Alors qu'elle était bien décidée à l'acquérir,
Voilà qu'aucun exemplaire n'était plus disponible !

Elle avait continué de marcher.
Le soleil inondait bien souvent sa route,
Même si en son cœur mugissait souvent la tempête.



Hier.


Jour chagrin.
Elle craignait pour son papa
Qui avait un cœur gros comme ça.
Alors que la pluie tambourinait à la fenêtre,
De ses réminiscences avait jailli le parapluie :
Elle pourrait y protéger son nid des intempéries...

Elle avait lancé une bouteille à la mer.

Partie des côtes bretonnes,
Celle-ci, grâce aux courants,
Avait fini par s'échouer sur une plage de la Méditerranée.
Un homme au panama l'avait décapsulée,
Les mots s'étaient échappés au vent.
Des bribes en avaient été entendues jusque la capitale
Et même par-delà les frontières hexagonales !
Ici l'on faisait moult recherches,
Là on évoquait des sorties-quêtes,
Là encore, un canari parcourait des kilomètres,
Diligentant à travers le pays de véloces messagers...

Car le parapluie l'attendait !

Ni une, ni deux,
Il avait été acheté, emballé.

Elle allait le recevoir sous peu,
Et y abriter sa nichée.
La pluie, bien sûr, continuerait de tomber
En crachin ou même à verse,
Mais en s'y blotissant les uns contre les autres
On n'aurait que les pieds d'éclaboussés !

Il serait là, tel un cocon douillet.
Elle y verrait, lorsque son cœur pleuvrait,
De petits signes de ses trésors disparus
Puisqu'au-dessus de sa tête, le ciel serait toujours bleu et cotonneux !

A cela s'ajouterait désormais
Une vision merveilleuse :
Des hommes et des femmes, qui se donnaient la main,
Offrant leur amitié et bien plus encore,
Sans rien attendre en retour,
Pour, ensemble,
Déchirer les nuages
Et rêver d'un monde...

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