| Ecrit par Mésange Bleue,
le 09-08-2009 00:00
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Elle les aimait...
Combien ?
Elle n'aurait su, elle n'aurait pu le quantifier.
D'aucuns prétendaient aimer
« Comme deux et deux font quatre, ou cinq, ou six » (*).
En gage d'amour ils promettaient de se soumettre aux supplices,
Qu'on leur « arrache le cœur ou bien les yeux » (*), ne cessaient-ils de psalmodier.
Comme elle avait rêvé devant ces mots,
Trouvé qu'ils étaient beaux,
Espéré même qu'on lui en murmurerait de si chauds...
Et puis elle avait compris
Que ce n'était que du vent,
Que les mots n'étaient point aussi importants
Qu'un simple regard aimant et chéri...
Elle n'était donc point de ceux-là,
De ces flagorneurs romantiques qui content fleurette dans les bois,
Alambiquant leurs phrases à tout-va
Sans ressentir le moindre émoi.
Pour elle, deux et deux faisaient bien quatre, elle savait compter !
Quant à son cœur et même ses yeux...
Oui, elle tenait trop à ses prunelles bleues,
Fussent-elles atteintes d'astigmatisme comme elle venait de se l'entendre affirmer !
Elle n'était point adepte donc des mutilations :
Les scarifications et autres tatouages criant l'amour à jamais
Toujours aux lèvres un grand sourire lui amenaient,
D'autant plus lorsque le prénom gravé devenait celui d'une grand-mère sortie tout droit de l'imagination...
Pour eux, elle n'aurait rien fait de tout cela.
Rien de rien.
Nulle banderole à leur effigie au cul d'un avion n'aurait non plus flotté,
Nulle affiche au slogan amoureux au cœur d'une grande ville n'aurait été placardée,
Nulle émission télévisée ne les aurait accueillis pour leur annoncer qu'à eux elle tenait...
Ces démonstrations à outrance lui semblaient impersonnelles,
Si superficielles.
Elle se contentait de petits riens,
De petits gestes anodins,
De petits plaisirs quotidiens,
De doux regards en coin,
De leur dire qu'avec eux elle était bien...
Mais pour cet événement-là,
Elle n'avait pu se résoudre à se satisfaire de cela,
Il lui fallait de l'éclat,
Un présent qu'ils n'oublieraient pas...
Alors elle avait cogité,
Mis des idées de côté, puis rayé, trié, sélectionné,
Ses économies comptées, recomptées...
Et elle avait retenu
Le coup du ballon suspendu.
Les faire évoluer parmi les nuages,
Elle qui ne quittait plus le sien,
Qu'en apesanteur ils se sentent bien,
Qu'ils lui reviennent avec dans les yeux de belles images...
Le jour J était arrivé,
Elle l'attendait avec fébrilité
Et - elle accepte à présent de le dévoiler - une fine pointe d'anxiété.
Il ne s'agissait plus de reculer !
Alors rendez-vous à chacun elle avait fixé.
D'un pique-nique quelque peu amélioré elle les avait rassasiés,
Puis ensemble ils s'étaient promenés
Avant, sur les lieux, de se retrouver.
La nacelle semble si petite pour tant de passagers...
Et puis ces trous dans l'osier...
A ses côtés, une maman stressante car si stressée...
Sa bouffée d'angoisse cacher,
Ses lèvres humecter,
D'un grand sourire se fendre à la pensée de leur future félicité...
Les hommes affairés :
La toile déplier, étirer.
D'air froid la gonfler.
Pourquoi un coin de la toile semble-t-il déchiré ?
Faire comme si on ne l'avait remarqué !
Les brûleurs entendre ronronner,
Leur souffle chaud sentir passer.
Le mastodonte voir s'ériger,
La nacelle se redresser.
"Passagers, embarquez !"
Pas le temps d'un bisou,
Pas le temps d'un "revenez-nous !",
Pas le temps...
La corde qui file entre les doigts,
La cathédrale de tissu qui s'envole loin de moi...
« A tout à l'heure maman ! »
Bien sûr mon chéri,
Prends du bon temps,
En toi toutes ces émotions inscris,
Savoure l'instant,
Reviens-moi ravi !
Une larmichette vite essuyer,
Au vent les confier...
L'étreinte au retour,
A la saveur si particulière...
Les mots d'amour,
Les rires, le flot de paroles, dans les yeux tant de lumière...
Merci ma chérie ? Merci maman ? Merci fifille ? Merci sœurette ?
Que nenni !
Merci... qui ?
Merci à toi, ma princesse jolie,
Merci à vous, mes garçons si chéris,
Merci à toi, mon amant, mon mari,
Merci à toi, papa, qui m'as donné la vie,
Merci à toi, frérot, que j'aime aussi.
Merci à vous
De rayonner dans ma vie...
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