Mes maux à moi, mes mots émois

Ecrit par Mésange Bleue, le 21-11-2008 23:28


C'est un endroit entre terre et ciel, de temps à autre assombri de gros cumulus, plus souvent pailleté de pépites de soleil,
Dissimulé sous les tiges enchevêtrées de lierre, parfois remis à jour après une période de long sommeil.
Une poignée de personnes, patientes, généreuses, en ont un jour franchi le seuil ;
D'autres, jamais n'ont cherché à faire tourner sur ses gonds rouillés la porte, jamais n'ont glissé par le trou de la serrure un œil.

Certains recoins abritent des fantômes, fidèles au poste comme des amoureux transis :
Il ne fait pas bon s'y aventurer seule la nuit, quand aux alentours ne résonne aucun bruit.
Au premier plan, la façade, souvent souriante, radieuse même depuis quelques temps,
Cache pourtant de drôles de sentiments...
Les mots pour les exprimer se chuchotent tout bas,
En passant, d'aucuns les perçoivent, d'autres ne les entendent ou ne les comprennent pas.

Ce jardin secret,
Par les chardons et les roses parfumées colonisé,
Elle seule par cœur le connaît.

Sous le vent automnal,
La vieille porte grince, couine, pleure, râle,
Soucieuse mais effrayée de livrer ses secrets au milieu médical...

Derrière, sont entassés des souvenirs à la pelle, doux comme un thé de Noël ou douloureux comme une feuille d'ortie :
Des vacances en tente avec parents et fratrie,
Des disputes, des portes claquées, un coffre à jouets tiré derrière la porte blanchie,
Des rires, des sourires, de la complicité, des bêtises aussi !
Une ado que ses parents jugent trop peu chipie,
Des galettes, des gratins de pâtes, des gâteaux, de la blanquette-champignons-riz...
Un envol un beau jour sur un cerf-volant, près d'une métairie.
Des promenades à vélo, des parties de pêche, la télé chez les grands-parents le mercredi après-midi.
Une maman, un papa attentionnés, craintifs, fiers de leur nid,
Un avant-goût du Paradis.

Une jeune fille qui appelle au secours dans la nuit,
Alors qu'elle se croyait à l'abri.

L'Amour, le Vrai, qui la raccroche à la vie.

Un frérot bien trop tôt parti,
Un torrent de larmes jamais tari,
Des zébrures pensées, jamais creusées, effrayantes et finalement bannies.

Un premier cœur qui dans le ventre grandit,
Un beau mariage avec son chéri,
Un second bébé tout aussi joli...

L'envol si injuste de son ange, si petit.

Des années à lutter contre la dépression et son cortège de bons copains : perte d'appétit, idées noircies, pleurs à l'envi...

Toujours, si proche, une amie...

Toujours aussi, malgré les chagrins, un bonheur infini,
Celui d'aimer de tout son cœur sa famille, ses bébés, son mari
Et d'en être à son tour chérie...

L'annonce de sa petite Lili :
Envies de pipi, albuminurie, insomnies, piqûres dans le gras des plis...
En fait, si peu de soucis,
Que très vite, si tout se passe bien, on oublie...
Quelques inquiétudes rôdent toutefois à l'heure où les chats sont gris :
Et si...
Non, inutile de les nommer ici...



Un matin, comme à l'accoutumée, dans cet endroit elle s'est promenée.
Courageusement, tous les renfoncements elle a explorés.
Épousseter, trier, classer, jeter :
Depuis, tout ce méli-mélo semble mieux rangé.
Certains tiroirs sont cadenassés,
D'autres juste repoussés : elle aura sans doute envie d'y revenir fouiller,
D'autres encore grands ouverts, laissent les jolies choses du passé déborder.

La porte, derrière elle, elle a doucement tirée,
Gardant au fond de sa poche la clef.
Dans le monde elle est alors descendue,
Soulagée dans ce labyrinthe de ne s'être pas perdue.

Résolument, elle s'est frotté les yeux,
Pour mieux voir les mésanges bleues,
Ressentir les rayons lumineux
Du soleil dans les cieux
Et des sourires de son petit monde, radieux.

D'autres envies sont à leur tour revenues :
Cuisiner chaque jour de nouveaux menus,
Croquer du chocolat,
Être serrée dans des bras,
Regarder le soleil se coucher,
La senteur des fleurs humer,
Observer les arcs-en-ciel,
Enduire des tartines de miel,
Câliner, bisouiller, gâter,
Sans trop compter, ne pas hésiter à dépenser...

Ne vivre au jour le jour,
Que pour l'amour !


 


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