| Ecrit par Mésange Bleue,
le 18-02-2010 17:26
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Des mots.
Les mots d'un Autre.
Les mots d'un autre temps.
Si actuels pourtant.
En les lisant,
Elle entend encore Sa voix.
Il lui semble presque que c'est Lui qui les lui dicte
Tandis qu'elle les recopie,
Murmurant les joyeux et les doux,
- Loin d'être les plus nombreux -
Hurlant les plus gros, les plus violents.
La secouant.
Tantôt elle rit,
Tantôt elle pleure.
Plus souvent
Quand même,
Elle pleure.
Il lui manque tant.
Et puis,
Elle a mal au ventre, aussi.
Les mots la hantent,
Tourbillonnent en sa tête,
Jour et nuit.
Des descriptions,
Parfois furtives,
De leur passé commun :
Des jeux,
Un chien,
Une voisine barbue,
De laids canevas,
Des bordures d'œillets orangés...
Des mots, des phrases...
Avec le recul,
Des questions la taraudent :
Qu'avait-Il pressenti
De Son destin ?
Quelle part d'autobiographie
Dans Ses écrits ?
Ses mots ne laissent plus de place
Pour ses mots à elle.
Qui se retrouvent coincés,
Bousculés,
Éparpillés,
Faisant, lorsqu'elle essaie de les assembler,
Des phrases sans queue ni tête.
Alors elle relit
Ses mots à elle,
D'un autre temps
Eux aussi ;
Du temps où Ses feuillets à Lui étaient rangés,
Soigneusement,
Pour ne pas l'étouffer.
Car elle savait qu'en les ressortant,
Elle allait devoir plonger en apnée,
Elle qui manque de souffle
Et ne s'est préparée pour un tel défi sportif.
L'eussiez-vous vue,
Vous comprendriez :
Nul entraînement,
Elle ne pratique pas de sport.
Bien sûr, c'est du sport,
Un peu,
De concilier son emploi,
Ses vies de femme, de maman
Et de ménagère.
Rien à côté de ce qui l'attend,
Cette immersion.
Elle voudrait qu'Il lui tende la main
Et, finalement,
Elle Le sent,
Pas si loin.
Les témoignages qu'elle commence à recevoir
La confortent aussi :
Il fallait le faire,
Il le méritait.
D'autres sentiments l'assaillent,
La concernant cette fois.
Etrange à dire.
En le ramenant à la vie,
La sienne se délite,
S'évapore.
Qui est-elle ?
Que sait-elle faire ?
Quelle vanité d'avoir cru
Un instant
Qu'elle pouvait aligner les mots,
Parfois les broder,
Pour toucher les gens !
Non, vraiment,
Elle n'est qu'une petite plume.
Si petite,
Si légère...
Un souffle de vent et
Fffffff...
Elle parle à présent de rendre sa plume,
De ne se consacrer plus qu'à la Sienne :
La faire connaître,
Reconnaître,
Voyager,
Par-delà les ondes,
Par-delà les frontières.
Si longtemps qu'elle ne les avait lus,
Ses mots à Lui.
Là, elle ne les lit pas vraiment :
Elle les déchiffre, paquet par paquet,
Pour les retenir
Et les écrire,
Le plus rapidement possible.
Pourtant en elle ils s'incrustent
Et les images se dessinent,
Précises,
Blessantes de leurs couleurs si vives.
Elle ne sait pourquoi,
Une course contre la montre s'est engagée.
Elle n'est pas sûre d'en avoir la force plus tard.
Déjà, au fur et à mesure que ses doigts tapent,
Elle se sent plus fragile,
Plus vacillante.
Elle a peur de ne pas aller jusqu'au bout,
Jusqu'au but qu'elle s'est fixé.
Mais elle veut le faire.
Reprendre au clavier,
Un à un,
Tous les textes de son frère
Disparu.
Les offrir à qui voudra,
A qui passera par là,
A qui saura les lire,
Les écouter,
Les prononcer.
Parce qu'ils étaient beaux,
Parce qu'Il avait du talent.
Parce qu'il ne sert à rien qu'ils restent au fond d'un carton,
A jaunir,
A sentir le renfermé.
Il faut les aérer,
Les laisser s'envoler
Vers d'autres sensibilités.
Qu'ils parlent encore
Puisqu'ils sont sa dernière voix,
La seule qui se peut encore entendre,
Si l'on met de côté les quelques cassettes et vidéos familiales.
Il aurait aimé cela,
C'est sûr.
Il aurait été fier de se savoir lu.
Il en aurait souri,
Du sourire crâne de l'aïeule.
Elle tape tellement,
Sans même vraiment penser à se nourrir
Mais le faisant tout de même, machinalement
Parce qu'il y a les enfants,
Sans plus rien voir autour d'elle,
Sans prêter beaucoup plus qu'une oreille distraite
Aux jeux et rires de sa maisonnée,
Que ses doigts,
Comme ses pensées,
En ont fondu :
Les bagues tournent seules
Sur leur axe désormais décharné...
Faire une pause,
Reprendre une goulée d'air.
Et puis plonger,
De nouveau.
Vous l'accompagnez ?
Elle aura peut-être besoin
De votre main
Pour la ramener sur la terre ferme,
Dans quelques textes,
Dans quelques temps.
Ne vous éloignez pas de trop...
Et puis,
Aimez-Le,
Presqu'autant qu'elle L'aime.
Elle vous L'offre.
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