| Ecrit par Mésange Bleue,
le 30-09-2009 20:57
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Hier encore,
Elle était un beau bébé,
Bien joufflu,
Bien dodu,
Que l'on aimait à bisouiller,
A caresser, encore et encore.
Hier encore,
Elle était une fillette choyée,
Bien joufflue,
Bien dodue,
Que l'on aimait à méduser,
A faire rire, encore et encore.
Hier encore,
Elle était une gamine
Bien joufflue,
Un peu dodue,
Que l'on aimait à titiller,
A faire bouder, encore et encore.
Hier encore,
Elle était une élève appliquée,
Bien joufflue,
Un peu dodue,
Que l'on aimait à féliciter,
A entendre chanter, encore et encore.
Hier encore,
Elle était une adolescente timorée,
Bien joufflue,
Un peu dodue,
Que l'on eut aimé voir moins disciplinée,
Sortir, s'amuser, encore et encore.
Hier encore,
Elle était un cœur d'artichaut effacé,
Bien joufflu,
Un peu dodu,
Qui aimait à aimer,
A rêver qu'il pourrait plaire, encore et encore.
Hier encore,
Elle croyait s'être amourachée,
Bien joufflue,
Peu dodue.
Qu'elle eut aimé à ne pas s'être si lourdement fourvoyée,
A être confiante, en autrui et en elle, encore et encore !
Hier encore,
Pourtant, à l'amour elle s'était à nouveau abandonnée, romantique invétérée,
Bien joufflue,
Plus dodue.
Elle aimait dans ses yeux à se noyer,
A voir la vie en bleu, encore et encore.
Hier encore,
La vie elle avait donné,
Bien joufflue,
Bien dodue.
Qu'elle eut aimé à étreindre son ange adoré,
A le voir lui aussi grandir, encore et encore...
Hier encore,
Elle avait pleuré,
Bien joufflue,
Trop dodue.
Son masque elle eut aimé à retirer,
Pour ne pas museler ses chagrins, encore et encore.
Hier encore...
Aujourd'hui,
Elle regarde sa vie,
La trouve jolie,
Triste aussi...
Son frère est parti,
Son bébé chéri...
D'autres les ont suivis,
Le pépé, la mamie,
Morts plus "justes", ainsi va la vie.
Alors elle pense à ceux qui sont toujours ici,
Qui rient,
Ou font mine, devant famille et amis.
Elle pense à ce papy,
Seul désormais chez lui,
Que les jeunes oublient,
Peut-être qu'auprès de lui ils s'ennuient.
Et elle songe à demain,
Ce temps qui n'est pas si loin...
Elle se voit, pauvre vieille,
Sourde des deux oreilles...
Elle se voit, achetant jouets et chocolats,
Pour appâter petites-filles et petits-gars.
Elle se voit, seule,
Même si peut-être trisaïeule.
Elle se voit, apeurée,
Par les aiguilles de la pendule terrifiée.
Elle se voit, dans ces robes informes
Qui cachent les formes difformes.
Même plus joufflue,
Même plus dodue.
Elle se voit, mangeant ses lèvres,
Agitée de tics, même sans fièvre.
Elle se voit impotente,
Dépendante.
Elle se voit, aspirée par la bonde,
S'accrochant pourtant, seconde après seconde.
Elle voit sa peur.
Elle la connaît déjà par cœur.
Elle sait que dans les yeux des siens,
Sa mort, avant que d'y être, elle verra, même si leurs pensées ils dissimulent bien :
Ils auront ces petites mimiques de commisération
Lorsqu'à leur bras elle s'appuiera pour gravir le perron ;
Ils hausseront le son ;
Régulièrement plutôt qu'à l'improviste, visite ils lui rendront...
Elle perçoit les idées noires qui affluent,
Qui quittent l'endroit où elles étaient à l'affût.
Elle voudrait les mater, elle ne peut plus.
Elle les entend hennir et galoper.
Elle sait que rien désormais ne les peut arrêter,
Sauf, un temps, le sommeil lorsque la nuit sera tombée...
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