Ils étaient presque tous là,
Ses morts.
Ne manquait que son bébé chéri.
Même en dormant, elle savait leur décès.
À la mamie, au pépé.
Mais pas celui de son frère.
Il lui avait parlé,
Elle l'avait touché. Si là...
Il vivait, comme avant.
Et ce sourire qu'elle n'avait oublié...
Les yeux ouverts,
Elle avait suffoqué.
Plus jamais...
Sombre...
Ecrit par Mésange Bleue,
le 26-11-2010 21:04
Mettre un premier pied dans la barque,
Et tenter de s'assurer de sa solidité.
Donner la main à l'homme qui embarque,
Visage détourné.
S'asseoir sur le petit banc,
Précautionneusement,
Tandis que l'homme pousse l'embarcation vers le large, en ricanant.
Voir l'eau entre les planches pourries s'infiltrer
Et réaliser, trop tard,
Que l'on ne sait pas nager.
Se laisser couler dans la mare.
Non, pas le droit. Tenir !
Ne pas penser à soi, coûte que coûte sur le rivage revenir
Et se parer d'un masque au sourire.
Mettre encore dans ses mots du bleu,
Envelopper de douceur,
Ajouter même une touche de noir sur ses yeux.
Ne pas craquer. Elle a pourtant si peur...
Sous le vent
Ecrit par Mésange Bleue,
le 10-08-2010 22:04
S'enfuir !
Un couple d'heures, ou peut-être un peu plus.
Pour trouver le prochain souffle.
Pas n'importe où.
Là-bas.
Ne lui demandez pas pourquoi. Elle entretient avec ces ruines, depuis toute petite, une relation particulière, mêlée d'amour et de triste mélancolie.
Pas non plus n'importe quand.
Un après-midi venteux et pluvieux. Très. Tempétueux.
Très vite.
Cette semaine ? La prochaine ? Vite, heures, écoulez-vous !
Elle ira seule. Pour une fois.
Avant, bien installer tout son petit monde à l'abri, avec chocolat chaud et bon gâteau, que nul ne manque de rien en son absence.
S'assurer de la quantité de provisions stockées, au cas où. Si elle se foulait une cheville ou... Un accident est parfois si vite arrivé.
Embrasser, et puis partir.
Pour tourner le dos aux inquiétudes,
Pour oublier la sempiternelle danse des jours, qui en ce moment trop se ressemblent, sans note épicée si l'on excepte celle de l'énervement.
Pour avoir un instant l'impression de faire une pause avant que ne la rattrape le tourbillon de l'année.
Pour espérer.
Pour ne pas se perdre, pas maintenant. Retrouver en elle, face aux éléments déchaînés, la femme : la saisir à bras-le-corps, l'aérer au vent méchant et la presser contre soi, la fondre en soi.
Alors oui, partir.
De l'incertitude soudain, en se retournant pour l'au revoir : les emmener aussi ?
Non !
Un besoin. Pour une fois... Essayez de comprendre...
Rouler sans focaliser ses pensées.
Écouter peut-être un peu de musique.
Des chansons... oui, tristes. Enfin, douces.
Des chansons qui l'amollissent, qui l'adoucissent.
Non, non, pas mièvres. Juste belles. De celles où elle ne résisterait pas à se lover dans des bras.
Stopper la voiture face aux menhirs, enfiler un gros manteau et sous les gouttes s'élancer.
Lutter contre les bourrasques, décidée, les yeux plissés.
Et, face à lui, s'arrêter.
Le manoir.
Laisser, comme à chaque fois, le charme agir, tant sur les yeux que sur l'esprit.
Contempler les tourelles qui obstinément bravent le temps, découpées sur le ciel tourmenté.
Errer dans les ruines silencieuses, abandonnées par les touristes frileux.
Le journal a fait mention de ce lieu il y a peu, sans doute les visiteurs sont-ils plus présents ces jours-ci. Mais pas sous la pluie : un touriste, ça craint la pluie. Pas elle.
Contourner pour commencer le bâtiment. Ses yeux en imprégner.
Elle le reconnaît volontiers, le mélange des genres architecturaux la laisse perplexe... Mais qu'importe.
Revenir alors face à l'entrée, et passer le perron. Respectueusement, comme si elle y avait été invitée.
Déambuler, sans bien savoir quelle pièce était celle où elle met les pieds.
Prendre son temps.
Pour la première fois alors, devant la grande baie s'asseoir, et contempler.
Elle n'a jamais osé le faire jusqu'à présent : toucher ces pierres qui ont tant à raconter lui semblait peut-être trop indécent.
Mais là, elle le veut faire. S'asseoir à même le sol, et se laisser porter.
Entendre dans ses oreilles le mugissement de l'air et celui des flots, en contrebas.
Écouter le cri des pierres, sans trembler.
Leur douleur fera sans doute écho à la sienne, mais si les larmes viennent à couler, elle sait qu'elle se relèvera apaisée.
Car alors elle aura peut-être appréhendé le pourquoi de son attachement à cet endroit... Ces ruines sont les vestiges encore debout d'une demeure qui a tout connu de l'amour, tout de l'horreur aussi. Elle et ce manoir sont si semblables, que ne l'avait-elle compris avant ?
Lorsqu'elle aura accepté cette idée, elle se campera sur ses deux pieds. Comme les tours, elle lèvera crânement la tête vers les cieux, avec au cœur cette idée que quelques rencontres lui ont insufflée : elle est encore vivante !
Alors seulement elle courra vers la mer, s'enivrant de la caresse cinglante du vent et des baisers mordants de la pluie... Elle dévalera la pente herbue, recouverte de bruyères et d'ajoncs, les regards fixés sur les falaises déchiquetées à ses pieds.
Et puis, elle s'assiéra, fermera les yeux un moment. Un très long moment.
Avant de rentrer au nid, apaisée.
Entomologie
Ecrit par Mésange Bleue,
le 09-06-2010 22:55
La journée a vu s'éveiller
Deux insectes abhorrés :
Un gros cafard
Sur son chemisier de brocart
Et un bourdon
Sur son jupon !
Bien vite, elle les a écrasés du pied :
À ces bestioles, il faut rire au nez !
Mots pour une princesse
Ecrit par Mésange Bleue,
le 16-03-2010 00:00
Lorsque tu quitteras mes bras, mon Amour,
A ton oreille mes mots doux résonneront toujours.
Je ne suis pas autorisée
Par-delà cette porte à t'accompagner :
Je n'ai ni choisi l'adéquate voie professionnelle,
Ni brisé l'une de mes propres ailes...
Mais j'ai plus d'un tour dans ma besace
Et saurai me montrer pugnace.
Fais juste mine de ne me voir et de ne m'entendre,
Que mon imperceptible présence nul ne puisse surprendre.
Car il est hors de question, ma poupée jolie,
Que je baisse les bras et te laisse seule devant les épreuves de ta vie :
Je serai toujours là pour toi,
Fut-ce le cœur palpitant de trop d'émoi !
Je ne pourrais t'abandonner, même aux bons soins du meilleur des chirurgiens :
Toujours je te tiendrai la main !
Tout à l'heure donc, lorsqu'ils t'auront étourdie de leurs médicaments
Et que tu seras sur le point de sombrer dans le néant,
Ferme doucettement les yeux
Et écoute en ton cœur mes zinzinulements joyeux.
Surtout, ne fixe pas tes regards en ma direction :
L'on me débusquerait, ce serait trop con !
Souris aux anges,
Cela, ils ne le trouveront pas étrange.
Moi, je demeurerai blottie tout contre toi
Et te caresserai le front du bout des doigts...
Ne crains ni les outils qui officieront dans ton sommeil,
Ni un douloureux réveil :
Vois, j'aspire tes larmes et absorbe ta souffrance,
Ne te départis de ton heureuse insouciance.
Lorsque des bras de Morphée tu émergeras,
Je serai là,
Te berçant de mon amour,
Et notre vie pourra reprendre son cours...