La beauté âpre des éléments, le ton sombre, mélancolique, douloureux, la force des émotions, la sobriété des mots, m'hypnotisent.
La "couturière des morts", cette femme qui presse sur son sein son bébé envolé, la petite cigogne... Tous ces personnages qui luttent contre vents et marées me parlent et me bouleversent. Jusqu'à la narratrice, toujours dans les bras de son amour, mais qui a tant besoin d'aimer encore ; l'orphelin qui revient sur ses pas pour comprendre... Et ce Théo, qui laisse derrière lui, à tout jamais, sa Florelle, sa maison, ses chats...
Les pages se sont tournées trop vite, le livre attend que je le caresse à nouveau des yeux. Il me tarde aussi de le faire... Car depuis que je l'ai lu, je rêve de me retrouver seule, sur une île sauvage tourmentée par les tempêtes, pour braver le vent et la pluie, m'étourdir d'iode, me replier dans une maisonnette dont les volets claqueraient sous les bourrasques, et écrire...
"On m'avait avertie : quand ça va commencer, il faudra plus être dehors. Les pêcheurs ont vérifié une dernière fois les amarres des bateaux et ils sont partis, tous, les uns après les autres. Un rapide coup d'oeil de notre côté. Les hommes sont plus forts quand la mer remonte, c'est ce qui se dit ici. Les femmes profitent de ces moments pour se coller à eux. Elles les saisissent là où ils sont, au fond des écuries ou dans les cales des bateaux. Elles se laissent prendre. Le vent sifflait déjà. C'était peut-être ça le plus violent, plus encore que les vagues. Ce vent, qui chassait les hommes."
Jeanne, Jeanne, Jeanne - Emmanuel Adely
Ecrit par Mésange Bleue,
le 25-08-2009 17:44
Né sous X, il ressasse sans cesse ce nom : Jeanne Valade. On lui a dit que c'est le nom et le prénom de celle qui l'a porté, de celle qui l'a fait naître, de celle qui l'a expulsé, de celle qui l'a abandonné, de celle qui n'a jamais voulu de lui, de celle qui, finalement, l'a sans doute toujours voulu mort.
Il voudrait la trouver, comprendre, savoir qui il est ; il voudrait découvrir qu'elle fut violée, ou qu'elle était une putain ; il la préférerait morte ce qui justifierait son acte, son silence.
"Je suis allé au bout de ce que je pouvais faire sans elle c'est-à-dire de ce que je pouvais faire sans comprendre."
Un monologue tendu, redondant, obsessionnel, hypnotisant, au pas de course, à bout de souffle, tout juste ponctué d'une ou deux virgules, d'un ou deux points pour reprendre haleine et ne pas sombrer avec le narrateur dans la colère, le désespoir, la folie.
Seuls - Laurent Mauvignier
Ecrit par Mésange Bleue,
le 28-05-2009 13:10
Tony, amoureux depuis l'enfance, taiseux de ses sentiments.
Pauline, la grande amie, qui se refuse à voir, à comprendre.
L'amour la fait virevolter dans les bras d'un autre, vaciller et revenir au bercail, puis, dans une joie intolérable, la relève.
Lui ne peut rien dire, pas même à son père, de ce qui le fait vivre en le rongeant.
« Il m’a regardé dans les yeux et il a dit, papa, tu sais ce qu’elle n’a pas deviné, jamais, c’est que, c’est seulement que, et sa voix tout à coup s’est tue, coupée par une sorte de hoquet et de tic sur la lèvre […] ».
Un malaise croissant, alors qu'il suffirait de peu pour que tout se dénoue en évitant le drame...
L'inconsolable - Anne Godard
Ecrit par Mésange Bleue,
le 26-05-2009 18:06
Une mère attend.
Une date-anniversaire.
Un téléphone qui ne sonne pas.
« La date. Ils n’y ont pas vraiment songé. Ce soir, ils sont pleins d’amnésie, mais demain ? Demain, ils se souviendront peut-être et ils s’en voudront de ne pas y avoir pensé à temps. Mais ils n’appelleront pas demain, parce que c’est le jour précis, n’est-ce pas, qui ne doit pas être oublié. »
Plus personne autour d'elle.
Plus personne pour pleurer avec elle l'adolescent qui s'est suicidé il y a près de vingt ans.
Plus personne pour compatir à sa douleur.
Le culte du souvenir.
Le huis-clos avec l'enfant mort.
La souffrance, incomparable, bercée, aimée.
Le statut de la femme en deuil, presque héroïque.
Et la rancune face aux autres, qui oublient, qui vivent, indifférents.
«Tu as la nostalgie deces périodes anciennes où tu étais mieux célébrée dans le souvenir de ta perte. Car c’est une perte dont tout le monde admet qu’une mère ne puisse jamais se consoler. Tu es consciente de ta précellence, tu as su l’exploiter tout de suite. A la date anniversaire, pendant des années, tu as reçu des fleurs, toujours des lys blancs (…) Les lys blancs pour le jour de la mort, les lys blancs pour le jour du silence… »
Une écriture précise, insinuante, parfois scandaleuse, dérangeante.
Il est où Ferdinand ? Journal d'un père orphelin - Patrick Chesnais
Ecrit par Mésange Bleue,
le 09-05-2009 13:13
Un papa, acteur, connu.
Un fiston, Ferdinand, acteur prometteur.
Une fête.
Des jeunes.
De l'alcool.
Une sortie de périphérique prise à contre-sens.
Une automobile.
La collision.
L'enfant tant aimé tué.
La vie qui se poursuit malgré tout.
Un papa qui écrit à son fils, qui se met à nu, couchant sur le papier, au fil de ses tournées, ses sentiments, son incrédulité, le manque ressenti, "pour permettre à Ferdinand, [son] fils bien-aimé, d'exister quelques années de plus. Peut-être."
Un hommage sous forme de tranches de vie. Emouvant, spontané, pudique, désorganisé comme les souvenirs qui remontent à la mémoire...