Mirage de bébé du bout du monde

Ecrit par Mésange Bleue, le 06-05-2008 17:31

A mon bébé de rêve, tant espéré...

 


Lundi 23 février 2004

Une petite promenade dans le bourg d’Elliant, papa, Rémi, Tom et moi. Une enveloppe postée, tous ensemble.
Une démarche commencée, non aboutie car trop précoce, pas assez réfléchie.


Dimanche 21 août 2005

Après près d’un an et demi d’intense réflexion, papa, par un bel après-midi ensoleillé, m’attire vers la cabane à bois, me montre deux petits vélos que nous conservions dans le garage et me demande :
« Alors, lequel on garde pour notre bébé ? »
Une explosion de joie, d’amour aussi : tu vas venir !

Ensuite, des discussions, avec tes frères, très enthousiastes dès le début. Tom est si pressé de devenir un grand frère, de t’apprendre à lire ! Il t’espère Egyptien et rêve que tu lui apprendras à lire les hiéroglyphes. Rémi, lui aussi, t’attend de pied ferme. Tous les deux parlent beaucoup de toi, de nous tous. Chacun se lance avec bonheur dans l’aventure.

La constitution du dossier avec la visite médicale obligatoire. Les certificats obtenus, « les doigts dans le nez » !

Et enfin, le samedi 22 octobre 2005, quatre mains (non cinq, celle de Miel s’y est jointe !) tiennent fermement une enveloppe. Après une ultime question (« tout le monde est bien d’accord pour adopter un enfant ?- Oui !!! »), chacun la glisse en même temps dans la boîte aux lettres de la D.A.S..S.. Nous sommes prêts à t’accueillir, même si le chemin est encore probablement long jusqu’à toi… Nous courons vers toi mon amour !


Le premier rendez-vous avec la psychologue. Papa et moi ne savons pas trop à quoi nous attendre. Elle nous pose plein de questions, sur nous, sur notre petite famille, sur tes trois frères, sur notre envie de t'adopter...
En fin de séance, un exercice, difficile mais plein d'émotion et d'amour : papa et moi devons tourner nos chaises l'une face à l'autre, nous regarder et exprimer chacun notre tour ce que nous pensons l'un de l'autre. Je ne me souviens plus de ce que ton papa a dit de moi... Je me rappelle avoir reconnu que depuis que je le connais, « la vie est bleue »... Et je n'oublierai jamais notre échange de regard, profond, sincère, non plus que nos larmes...


Vendredi 5 mai 2006

Sortie de mon rendez-vous individuel avec la psychologue. J’étais très stressée d’y aller pour la première fois seule : c’est tout de même étrange de se raconter à une personne que l’on ne connaît pas !

Le retour sous un grand soleil à la maison et, tout-à-coup, l’impression d’être enceinte, de t’attendre, toi, mon bébé.

Une euphorie tout le reste de la journée, une grande sérénité dans mon cœur : la certitude que mon petit chéri, ton petit frère Yvanig, est heureux et approuve notre décision de t’accueillir, de t’aimer, de grandir à tes côtés.



Vendredi 19 mai 2006

Hourra ! La première victoire ! Nous savons que la psychologue est favorable à notre demande d’agrément ! Quelle joie de l’entendre nous dire qu’il n’y aura pas de problème, que nous sommes « riches, très riches » papa et moi : cela signifie-t-il qu’elle nous sent capables d’être pour toi de bons parents ? Oui, c’est ce que j’ai ressenti, et j’espère qu’elle a raison !

Il ne reste plus qu’à convaincre aussi l’assistante sociale et nous pourrons enfin nous lancer dans la grande aventure, sur le chemin de notre rencontre, de notre vie ensemble.



Vendredi 9 juin 2006

Youpi ! Nous avons surmonté avec brio les deux premiers obstacles ! L'assistante sociale a aussi dit « oui » ! Il ne nous reste plus qu'à être patients en attendant de recevoir les compte-rendus...

En attendant, papa et moi nous rendons vite à Quimper : nous avons trop hâte de t'acheter ton premier doudou !

Finalement, ce ne sera pas un doudou (nous préférons le choisir plus tard, avec tes frères, probablement lorsque nous saurons qui tu es, afin qu'il soit vraiment choisi rien que pour toi), mais nous ne revenons pas les mains vides : nous avons trouvé ta boîte à musique. Elle égrène la même mélodie qui a déjà bercé tes trois frérots : Brahm's lullaby. C'est une marguerite avec une petite abeille.



Lundi 26 juin 2006

L'assistante sociale est passée à la maison pour la dernière fois ce soir. Elle voulait rencontrer tes frères. Nous avons beaucoup ri. Je crois que Tom et Rémi étaient très contents d'être associés à notre démarche : eux aussi ont pu s'exprimer.
Tom a choisi ton prénom si tu es un garçon : Roger ! Nous espérons tous qu'il plaisantait !!! D'ailleurs, en ce qui concerne ton prénom, nous ne savons pas encore, papa et moi, comment nous ferons : faut-il te garder le tien, que tu as entendu depuis ta naissance, ou t'en choisir ensemble un nouveau, comme si tu naissais dans notre famille ? Pas de réponse pour le moment... Tout ce que nous savons, c'est qu'il faut que ton prénom te plaise et ne soit pas un obstacle dans tes rapports avec les autres : « Mohammed Le Gallo » risque de ne pas être très facile à porter par exemple. Par contre, si ta mère biologique t'a choisi un prénom qui sonne joliment et ne signifie rien de méchant en français, pourquoi ne pas le conserver ? Tu pourrais peut-être alors plus tard nous reprocher de ne pas avoir fait avec toi comme avec tes frères... C'est compliqué ! Ma solution pour l'instant est la suivante : te choisir ton prénom et y accoler en second prénom celui de ta naissance. Cela nous permettrait de t'accueillir comme il se doit dans notre famille et de ne pas renier tes racines. A voir...



Mercredi 18 octobre 2006

Un enveloppe dans la boîte à lettres, posée sur le journal. Le cachet, si reconnaissable : « Conseil Général du Finistère ». Des doigts fébriles, qui décollent puis déchirent. Deux grands frères, excités...

Youpi ! Ce sont bien des nouvelles de toi ! Notre dossier d'adoption sera examiné lundi 20 novembre, le matin. Nous n'en pouvions plus d'attendre. Neuf mois, nous avait-on dit... Voilà quasiment un an que nous avons commencé nos démarches. Nous avions d'ailleurs l'intention de téléphoner dès lundi prochain à la psychologue qui nous a suivis, pour nous assurer que notre dossier ne s'était pas égaré. Plus qu'un mois et nous pourrons entamer la seconde partie de ce projet en contactant différentes associations. Nous leur expédierons la « lettre de motivation » que j'ai rédigée d'une traite dès le premier jour des vacances d'été.



Lundi 20 novembre 2006

« Yeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeesssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
- Yeepee !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! »

Voilà les deux mots que nous nous sommes échangés ce jour ton papa et moi, vers 14 h 20, alors que j'étais dans une cabine à enfiler mon maillot de bain pour apprendre à nager à mes grands dadais d'élèves. Au sortir de la douche, vite, vite, l'annonce faite à Tom : nous avons notre agrément ! Un magnifique sourire rayonnant sur le visage de ton grand frère et la volonté de garder cette information rien que pour nous deux à ce moment-là, comme un merveilleux secret.



Samedi 2 décembre 2006

« Yeeeeesssss, pour de vrai ! »

Enfin, le bout de papier tant attendu ! Cette fois, c'est donc bien vrai, nous pouvons y croire puisque c'est écrit noir sur blanc !

Le soir, pour fêter la fin de cette première étape (passée haut la main, tu en conviendras !), un repas « Ailleurs », pour toi, notre bébé venu d'ailleurs.

Une mamie et un papy ravis, un papy qui de cette soirée retiendra sans doute surtout sa pièce de cow-boy servie sur son barbecue individuel. On ne lui avait encore jamais fait ce coup-là !



Lundi 4 décembre 2006

En voilà une bonne journée, bien remplie ! J'ai passé ma pause de midi à compléter 24 enveloppes à notre adresse et 24 autres à celles des 24 associations que nous avons choisi de contacter ; les photocopies de l'agrément et des rapports de la psychologue et de l'assistante sociale sont faites et dûment estampillées « copie certifiée conforme à l'original ».

Le soir, papa et moi trions, agrafons, glissons les documents dans les enveloppes et timbrons le tout.



Mardi 5 décembre 2006

10 h 30. C'est la récréation. Je quitte mon poste de surveillance et court vers la poste, mes 24 enveloppes sous le bras...



Dimanche 10 décembre 2006

Hier, nous sommes rentrés tard et n'avons pas pensé à voir si nous avions du courrier. Ce matin, trois réponses d'associations nous attendaient : deux négatives et une contenant un questionnaire à compléter. Rien n'est encore gagné, mais nous avons aussitôt complété la fiche papa et moi et l'avons postée le jour même.



Jeudi 5 avril 2007

Rendez-vous avec la psychologue de l'association Children of the Sun, au Mans. Une nouvelle fois, nous nous racontons... Un malaise petit à petit. Cette femme semble chercher quelque chose... Je l'appellerai d'ailleurs en sortant l' « Inquisitrice ». Une très mauvaise impression : celle de ne pas avoir réussi cet « oral », d'avoir échoué à cet examen important pour nous. De grosses larmes.

Quinze jours plus tard, retour au Mans. Rendez-vous cette fois avec la Présidente de l'association et son mari. Accueil sympathique. Il nous semble à papa et moi moins difficile avec eux de retracer notre parcours jusqu'à toi. En sortant, nous ne savons plus bien si nous avons vraiment une chance avec cette association : le choix final doit se faire à l'unanimité... Et cette psy avec qui le courant n'est pas passé...

L'envie d'y croire pourtant.

Après tout, nos trois premiers bébés, nous les avons eus du premier coup : pourquoi en serait-il autrement avec toi ?

De plus, nous sommes au Mans, ville où a vécu et où a été heureux ton tonton Yvan. Et si c'était un signe ?

Il faudra attendre début juin pour le savoir !



9 mai 2007

Une enveloppe avec ce joli tampon représentant une case africaine.

Un mois trop tôt...

Un gros mal de ventre, une angoisse terrible. Des doigts fébriles... Un cri.

Des larmes, de tristesse tout d'abord, puis de rage.

La réponse est négative, sans aucune explication.

Dans la journée, l'écriture d'un mail afin d'en demander : nous sommes en droit de savoir pourquoi notre dossier n'a pas été retenu. Comme je l'explique à la Présidente, leurs arguments peuvent aussi nous aider à y voir plus clair, à nous poser peut-être d'autres questions pour nos démarches à venir.

Une énorme déception...



Une année 2007 très difficile.

Un moral pas toujours très haut, de gros soucis amicaux et professionnels. De grosses désillusions...

Une confiance en soi bien trop faible pour sauver les meubles gâtés par d'autres.

Trop de travail, plus assez de vie de famille.

De petits projets qui aident à tenir debout : merci monsieur Polnareff d'avoir choisi cette année pour nous revenir. Depuis le temps que je vous attendais !

Un seul but : tenir jusqu'au 6 juillet.

Chacun y met du sien à la maison pour faire au mieux d'ici-là.


Du coup, plus suffisamment de temps pour parler de toi, pour défoncer les portes qui nous séparent.

La décision d'attendre les vacances, d'être de nouveau d'attaque pour nous relancer sur tes traces.



Début juillet, des doutes. De ma part aussi, je dois le reconnaître : serai-je assez forte pour ne pas t'étouffer de mon amour ? Parviendras-tu à vivre pleinement, sereinement, heureusement, sans ressentir de trop la présence de ton petit frère ? Celui-ci ne risque-t-il pas d'être trop envahissant pour toi ?



Mardi 23 juillet 2007

Je viens de te perdre mon bébé.
Nous ne nous reconnaîtrons pas, nous ne vivrons pas ensemble.
Ce beau rêve n'aboutira pas.
Nous allons rester cinq dans notre cœur (six pour moi seule), quatre dans la maison.

Peut-être cela vaut-il mieux ainsi : si papa a tant de doutes, c'est qu'il ne t'attend pas vraiment.

Tes frères ont aussi besoin que l'on s'occupe d'eux, qu'il n'y ait plus de malheur, de douleur, de déception chez nous. Le temps est long pour eux, le doute toujours présent d'arriver jusqu'à toi. Ils ont besoin de stabilité, de grandir en confiance.

Nous ne t'espérions pas tous de la même façon, avec la même force. Malgré mes doutes pendant un temps, je savais que je t'attendais. Je te voulais près de nous, comme j'ai voulu Rémi, Tom et Yvanig avant toi.

J'avais tant à te donner...
Tu me manques déjà mon petit chéri.

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