| Ecrit par Mésange Bleue,
le 30-04-2008 17:52
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Depuis l'envol de mon petit ange, l’envie d’abandonner, de me laisser aller…
La peur alors de perdre aussi tout le reste.
L’envie de continuer, pour les autres, pour lui, pour le faire vivre au moins en moi, dans mon cœur et ma tête.
L’envie de parler de lui, toujours.
L’envie de devenir celle dont il aurait été fier d’être le petit bonhomme. L’envie d’être quelqu’un de bien, de servir à quelque chose.
L’envie d’aimer encore, grâce à lui.
L’envie de râler après ceux qui se plaignent.
L’envie de crier à tout le monde que :
- non, je ne vais pas très bien, malgré ce que je peux dire à chacun. Je pleure tous les jours, mon bébé me manque, j’ai l’impression de passer ma vie à l’attendre même si je sais qu’il ne me reviendra pas. J’ai aussi l’impression de l’avoir encore en moi et même physiquement j’ai l’air d’une femme enceinte.
- c’est très difficile de survivre à tout cela, même si, comme on me l’a déjà fait remarquer plusieurs fois, je n’ai pas connu mon bébé : justement, je ne l’ai pas connu, je n’ai quasiment pas de souvenirs à évoquer ; je ne connais pas la couleur de ses yeux ; je ne sais pas le son de ses pleurs, de sa voix, de son rire ; je ne connais pas la douceur de sa peau, de ses câlins, de ses bisous ; je ne verrai jamais ses grimaces à la découverte des fruits par exemple ; je ne verrai pas ses premiers pas ; je n’entendrai pas ses premiers mots ; je ne le verrai pas grandir auprès de nous ; je ne verrai pas ses colères ; je n’aurai même jamais à le gronder ! Et tellement d’autres choses encore… Je n’ai rien pu partager avec lui, je n’ai pas (ou si peu) de photos de lui pour revivre ce que nous avons vécu. Et pourtant, je l’aime si fort ! Je l’aime autant que ses deux grands frères ; comme eux, il est tout pour moi. Il fait partie de ma vie à tout jamais. Alors, oui, je dois me secouer, « penser à mes enfants » (lui aussi en est un !), mais laissez-moi aussi penser à lui et avoir du chagrin ! Mes pleurs, « normaux » au début, semblent à présent gêner les autres. Est-il réellement plus douloureux de perdre un enfant après X jours, semaines, mois ou années de vie commune, au cours desquels on a pu se faire toute une collection de bons souvenirs ? Je n’en suis pas sûre. Je voudrais tellement avoir moi aussi des images, des situations à évoquer dans ma tête lorsque je pense à mon bébé…
L’envie aussi de changer de vie, même si je n’ose pas vraiment en parler (de crainte de faire peur à tout le monde ?). De pouvoir me rendre utile auprès d’autres bouts de choux ou auprès d’autres parents touchés comme moi. L’incompréhension de certains, la certitude d’autres que je ne suis pas suffisamment solide. Alors voilà, je végète, mon métier ne me satisfait plus suffisamment, je n’arrive pas à m’y accrocher. J’attends je ne sais quoi et tout le monde pense que je vais mieux, que je m’en sors petit à petit. Non, tout cela n’a servi à rien il me semble. Le court passage de mon amour n’a rien changé à notre vie. Soit, nous sommes solidaires, sans doute encore plus proches qu’avant. Mais c’est tout. Un an vient de s’écouler, tout est aussi vif et je n’ai rien de nouveau pour tenir bon.
Je ressens parfois presque de la haine envers les autres, qui continuent de vivre comme si de rien n’était. C’est un peu comme si je devais toujours les suivre et les rattraper alors qu’ils sont si loin devant moi. J’aimerais que quelqu’un comprenne que j’ai envie d’arrêter cette course, de prendre mon temps pour bien réfléchir à ce qui m’est arrivé, à ce que j’ai à présent envie de faire pour lui, pour moi, pour nous.
L’envie enfin de ce bébé que nous attendions tant. De donner tout l’amour que je refoule depuis, de peur d’étouffer Tom et Rémi avec.
L’envie d’adopter un enfant sans maman. La volonté de me remettre vite sur mes deux jambes, de reprendre le chemin de l’école pour pouvoir mettre en route ce beau projet.
La désillusion, la déception malgré la compréhension.
L’envie, parfois, de faire un nouveau petit frère ou une petite sœur à mon petit ange. La peur de le faire, des risques que nous encourrions tous les deux, de la possibilité de faire revivre cela à toute la famille et en particulier à mes deux autres chéris, la peur qu’ils ne puissent pas le surmonter une nouvelle fois.
La rencontre avec des docteurs pour en parler.
L’espoir.
Une heureuse décision prise, en attendant d’avoir confirmation d’une telle possibilité.
L’anéantissement.
Une nouvelle décision, radicalement opposée à la première.
Une nouvelle petite flamme qui brille.
Malgré tout, le choix de s’en tenir là, de ne pas tenter une nouvelle fois le Diable.
La certitude de toute façon de ne vouloir en fait que ce bébé, que mon petit chat, que mon tout-petit.
La volonté de bouger, changer quelque chose à cette vie, faire quelque chose de bien. La recherche d’une idée, d’une association.
Un premier pas en attendant la rentrée prochaine : le parrainage de Mahmoud, dont le prénom signifie sans doute « rayon de soleil »… La joie qu’il soit un bébé, garçon qui plus est.
Quelques envies.
M’arrêter.
Prendre le temps.
Réfléchir : à ce qui est arrivé, à comment je et nous allons, à ce que je pourrai faire l’an prochain le jour où je ne serai pas dans une classe.
Envie vraiment de prendre le temps.
Envie d’avoir le temps de chercher et de trouver une association, être sûre que c’est bien celle-là qui me convient.
La certitude aussi que ce n’est pas cet été que je pourrai le faire, avec les enfants auprès de moi.
Le mal de vivre qui s’installe malgré tout insidieusement. Plus de goût.
Plus envie de me rendre à l’école tous les matins.
Plus envie d’être enfermée dans cette classe.
Plus envie de courir, d’être toujours essoufflée.
Plus envie d’être parmi mes vingt et un grands, même s’ils sont gentils.
Plus envie de les voir soupirer ou râler pour rien.
Plus envie de les voir se chamailler.
Plus envie de devoir refouler mes larmes lorsque je les sens monter.
Plus envie de sourire aux parents.
Plus envie de penser à ce travail.
Plus envie de m’accrocher à lui.
Plus envie de penser aux maths, à la grammaire, à la conjugaison, à la géographie…
Plus envie de me lancer dans des projets, plus envie de toujours faire ce que les autres attendent de moi.
Plus envie.
Des angoisses, des maux de ventre le matin en me levant, comme les enfants qui redoutent la dictée.
De l’eczéma, comme chaque fois que je suis stressée, sauf que cette fois, il ne disparaît pas au bout de quelques jours.
La tentative de dire aux autres : « je m’arrêterai bien, ça ne va pas très fort. J’ai besoin de penser à moi, aux miens ».
Les autres, qui ne comprennent pas toujours ; nombreux ceux qui ne conçoivent pas ce besoin d’y penser, d’en parler, de se poser (« à quoi cela servirait-il ? »).
Les autres, qui ne sont pas toujours à l’écoute, qui n’entendent pas mes appels (ou qui ne savent pas comment y répondre ?), qui me blessent aussi parfois, même si je sais bien que ce n’est pas voulu.
Un humour qui m’est souvent pénible, des réflexions mal placées.
Une amie, une petite fée.
Des torrents de larmes versés avec cette amie.
Des discussions qu’elle n’a pas abrégées alors qu’elle aurait pu passer ce temps auprès des siens.
Des mots tellement gentils, si pleins de tact.
Même des câlins ou des bisous pour me réconforter, moi qui ne sais pas montrer aux autres mes sentiments.
Le désir de lui parler.
La peur de le faire, de lui porter la poisse (comme si cela pouvait être contagieux…).
La peur ensuite de le faire, pour ne pas gâcher son bonheur tout neuf.
L’envie qu’elle comprenne tout ce qu’elle m’apporte, l’importance qu’elle a pour moi.
L’envie de le lui dire, même maladroitement.
L’envie de le lui montrer par de petits gestes, en la prenant dans mes bras, en lui rendant ses bisous.
L’incapacité.
Juste quelques possibilités : lui faire de petits cadeaux, à elle ou à l’un de ses petits amours et essayer de lui écrire de petits mots pour la remercier d’être là, de m’écouter.
L’espoir qu’elle ne fera pas comme les autres, prendre un air compassé chaque fois qu’elle parlera de son bébé devant moi. L’espoir qu’elle m’en parlera, naturellement, même si cela doit me faire pleurer et réaliser chaque fois un peu plus à côté de quoi je suis passée.
La joie de l’avoir rencontrée une deuxième fois, alors que j’étais passée à côté d’elle sans vraiment la voir la première fois, trois ans auparavant me semble-t-il.
La joie de faire un bout de route à ses côtés.
L’envie de me laisser aller, de laisser mes larmes couler, de ne plus les refouler. L’envie aussi de tout dire, d'expliquer tout ce que j’ai ressenti, tout ce que je ressens encore aujourd’hui.
L’envie de pouvoir parler à quelqu’un, l’envie que quelqu’un me comprenne.
L’envie de montrer les photos de mon petit ange.
La peur que les personnes qui m'entourent ne se sentent obligées de me parler, de m’écouter.
La peur qu’elles ne m’en veuillent de tout ce déballage chaque fois que nous sommes ensemble.
La peur de les blesser.
De leur faire penser à des malheurs qu’ils n’auraient peut-être jamais imaginés sans moi.
Des parents toujours présents, dans les bons comme dans les mauvais moments. Un soutien sans faille, beaucoup d’amour, toujours réciproque.
Un soupçon de déception aussi parfois par rapport à eux, même si c’est dur de l’admettre. Bien entendu, je ne leur en veux pas…
Une maman parfois absente, même si juste à côté, dans ses pensées, près, je pense, de son fiston à elle.
Un papa qui n’a pas tout compris sur le coup, qui a minimisé ma peine, sans réaliser tout ce que cette perte pouvait signifier pour moi.
Tellement d’amour pourtant, pour chacun.
Un frérot dont j’ai eu besoin, tout de suite après, afin de m’accrocher. Le besoin d’en parler avec lui, forcément l’impossibilité de le faire. Un frérot à qui j’ai confié mon bébé...
Un autre frérot vers lequel je me suis alors tournée, avec le besoin aussi de lui en parler, de m’éloigner un peu, de voir sa petite fille pour retrouver le goût de la vie.
Un séjour difficilement organisé, espéré. Une seule discussion, au cours de laquelle j’ai compris que j’aurais dû le vivre comme une fausse couche.
L’incapacité ensuite d’en reparler, d’exprimer ce que je ressens, ce qui me tient à cœur.
Un écart qui me semble s’être creusé entre moi et ce frérot qui se révolte pour des histoires d’argent, de travail, si loin de mes soucis, de mes centres d’intérêt.
Un frérot qui pourtant s’inquiète pour moi et parle de moi lorsque je ne suis pas là. Chaque fois que ce qu’il a dit me parvient aux oreilles, une bouffée d’amour. L’envie de pouvoir lui dire combien je l’aime ; la peur, comme autrefois avec son aîné, qu’il ne se moque de moi, qu’il ne me trouve ridicule de faire une telle déclaration…
En fait, un écart peut-être dû à son « jeune » âge (il me semble avoir vécu tellement plus de choses, être tellement plus vieille, plus réaliste, plus mature aussi), à sa vision différente de la vie, à une absence de communication réelle, et que je regrette.
En même temps, la volonté de ne pas exprimer auprès de lui mes pensées, afin de lui permettre de garder sa vision idéaliste de la vie… C’est si compliqué !
La peine également de voir qu’aucun ne comprend ma souffrance. Bien sûr, ils la reconnaissent, mais aucun, à part peut-être mon homme, ne sait à quel point je souffre réellement.
L’envie de hurler chaque fois que j’entends qu’il faudrait que je fasse des efforts, que je me secoue, que ça se sent toujours dans ma maison que je ne vais pas bien. Evidemment ! Mais pourquoi toujours me juger ? J’aime plus que tout mes enfants et je le leur montre du mieux que je peux. Ils savent que je peux être triste, nous en avons plusieurs fois parlé ensemble, ils connaissent les raisons de ce chagrin ; mais ils savent aussi que je les adore, que je suis la plus heureuse des mamans d’avoir de tels amours comme fistons (pas un jour depuis leur naissance n’est passé sans que je leur dise que je les aime, ils ne peuvent pas en douter !). Je joue avec eux, je discute avec eux, je leur lis des histoires, je me promène, je cherche le plus souvent possible à leur faire plaisir… Je ne les ai pas délaissés pour ne vivre que repliée sur mon autre petit amour ! Ils sont ma priorité : sans eux, pas de doute que je ne serais plus là ! Mes chéris m’entendent rire, chanter, râler, très rarement pleurer ! Peut-être est-ce pourtant l’impression que je donne à ceux qui ne me voient pas chaque jour, parce qu’effectivement je ne me sens pas la même en présence des autres, je suis sur ma réserve. Je ne suis pas toujours à l’aise parce que j’ai souvent l’impression d’être observée, jugée. La meilleure preuve est ce que j’entends ensuite : « On ne l’avait jamais vu rire comme ça ! », « Elle a toujours l’air triste, ce n’est pas bien pour les enfants »…
Enfin, une grosse tristesse chaque fois que je vois les cadres de photos de famille : pourquoi celle de mon petit chéri n’y est-elle pas ? Même chez moi, je n’osais la mettre puisque l’on me disait que ce n’était pas bien pour mes cocos. Et bien, tant pis, elle y est, avec celles de ses frères, sur mon ordinateur. Il est mon bébé, mon fils, leur frère. Il fait partie de nous pour toujours et je ne veux pas le cacher. Il n’est pourtant pas reconnu en tant que petit-petit-fils par exemple...
Texte écrit durant l'année scolaire 2004-2005
J'ai eu besoin à ce moment-là de mettre des mots sur mes maux : certains sont douloureux, d'autres plus sereins. Je n'en ai changé aucun, traces de mes ressentis à chaud, même si je perçois dorénavant nombre de mes erreurs...
J'ai pensé souvent ne pas publier certains des articles de ce site... Finalement ils sont là, car ils font tous partie de moi, de mon histoire à un moment donné : les coucher sur le clavier m'a permis, peut-être, avec les miens, de m'en sortir... Écrire noir sur blanc (enfin, en bleu clair sur bleu foncé !) mes chagrins m'a fait les considérer d'un autre œil, en voir parfois l'absurdité, l'exagération, ou, bien sûr, l'exacte réalité. Cela m'a aidée à cheminer...
Pourtant, depuis l'édition de cet article notamment, je m'en suis maintes fois voulu.
D'avoir laissé ces mots d'un autre temps, un temps où je n'écrivais que lorsque cela allait mal, gommant du coup toutes les jolies choses (les évidences sont, à présent encore, pour moi moins faciles à écrire) : lorsque l'on ne va pas très bien, on se focalise surtout sur les points négatifs, se renfermant même peu à peu dans le mutisme, aggravant sans doute les situations, « pessimistement », fatalement. Je reconnais aujourd'hui très volontiers mon égoïsme de l'époque, je ne l'ai d'ailleurs jamais nié. Je sais ne pas avoir été toujours juste dans mes écrits. Je ne voyais qu'un aspect des choses, centrée sur mon chagrin. J'avais le nez dans le guidon, le moral dans les chaussettes...
D'avoir peiné, soulevé des doutes, des questions qui n'avaient pas lieu d'être, dans la tête de ceux qui me sont chers. En même temps, avec du recul, je ne regrette somme toute pas : ma/notre maladresse a été de ne pas mettre carrément les pieds dans le plat pour en parler clairement à chaud. Les choses ont évolué, nous avons évolué avec elles et en avons discuté, par écran interposé ou de vive voix. J'espère simplement qu'il ne subsiste plus de quiproquos...
Je ne retranscris pas ici ces discussions personnelles. Vous qui me lisez n'avez que besoin de savoir que mon amour pour ceux qui m'entourent n'a jamais diminué d'un iota, jamais, et que je suis ravie d'être la fifille de ces parents, la femme de cet homme, la maman de ces cocos, la sœur de ce frérot. Je les aime, dit c'est dit pour l'infini de jours !
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